L'époque gallo-romaine

 

   Il existe, à notre connaissance, peu d’informations régionales sur cette période. On sait que les gaulois, comme tous les celtes, ne laissèrent pas de traces écrites (ou si peu), en raison de tabous religieux relatifs à l'écriture. Aucun événement guerrier marquant, durant la conquête romaine, n’a amené Jules César à mentionner la région dans « La guerre des Gaules » (58 à 51 av. J.C.) : le peuple des Leuques, peuple gaulois qui l’habitait, semble être resté très calme durant cette guerre, coopérant avec l'armée romaine.

Le territoire des Leuques à l'époque gallo-romaine
(d'après "Carte archéologique de la Gaule : les Vosges", page 77)


En 58 av. J.C., avant la bataille contre les Germains commandés par Arioviste, J. César, parlant de lui-même à la troisième personne, tient à ses troupes ce discours : "Ceux qui déguisaient leur lâcheté en prétendant qu'ils étaient inquiets de la question des vivres et des difficultés de la route, ceux-là étaient des insolents, car ils avaient l'air ou bien de n'avoir aucune confiance en leur général, ou bien de lui dicter des ordres. Il s'occupait de ces questions : du blé, les Séquanes, les Leuques, les Lingons en fournissaient, et les moissons étaient déjà mûres dans les champs; [...] (Guerre des Gaules I, 40).

Par la suite, (300 à 450 ap. J.C.), après instauration de la Tétrarchie, la protection de la frontière avec l’espace germanique (le lime rhénan) a nécessité l’implantation de camps militaires : sur certaines cartes, leurs traces sont mentionnées sur les hauteurs près d'Aboncourt ou de Vaudémont, par exemple. Le Haut-Bourg, qui domine Châtenois, en raison de sa topographie en éperon barré, a fort probablement été une autre de ces implantations militaires, ce que rien, à ce jour ne permet toutefois d'affirmer, faute de fouilles adéquates....

A propos de la Gaule...

La Gaule, en tant que nation, n’existait pas dans l’esprit des peuples gaulois, même s’il existait bien une communauté de civilisation, de langue et de culture. Les recherches archéologiques aériennes, ces dernières années ont permis de trouver traces de fermes malheureusement en bois, torchis et chaume, enclos, fossés, chemins… Elles ont livré une nouvelle image des gaulois, que nos anciens livres d’histoire dépeignaient comme désorganisés, indisciplinés, à demi sauvages dans une vaste région couverte de forêts impénétrables : en fait, le pays avait (déjà) subi le déboisement ; des champs, parcelles, pâturages, propriétés étaient découpés, mesurés et arpentés.

La campagne militaire de Jules César n’aurait pu se dérouler aussi rapidement sans un réseau routier de qualité, donc antérieur aux fameuses voies romaines, (celles de la région sont détaillées sur ce site) et surtout sans d’abondantes ressources alimentaires (on estime à 100 tonnes de blé par jour la consommation d’une légion en campagne).

Dans le domaine métallurgique et technique, enfin, les gaulois possédaient une incontestable avance : il semble qu’ils ont mis au point la première moissonneuse batteuse de l’histoire ! Ces agriculteurs habiles utilisèrent, par ailleurs, une quantité d’outils qui restèrent en usage, inchangés, jusqu’à nos jours (bien souvent, les bêches ou pioches et autres outils de jardinage à main qu’on trouve dans certains de nos magasins aujourd’hui, ne sont pas toujours plus efficaces que les anciens outils de nos grands-parents ).

L’emblème des gaulois était le sanglier, et non pas le coq ; de plus, on ne le dévorait pas à tous bouts de champ… ou de table, tel l’Obélix moyen, mais on se nourrissait plutôt de porc.

Enfin, loin d’être des guerriers indisciplinés et sans organisation, les gaulois faisaient des soldats redoutables qui servirent souvent au sein des légions romaines. (voir cette petite bibliographie)

 


Il peut être intéressant de savoir que l’est de la Gaule était une importante région de production de poteries sigillées : il faudrait, bien sûr, des fouilles méthodiques, (et donc... disposer de crédits suffisants) pour pouvoir en dire plus. Le touriste pourra visiter avec profit des sites gallo-romains connus et mis en valeur (Grand, Soulosses, Liffol le Grand) afin d’en découvrir davantage sur l’histoire de cette période.

A Châtenois, plus exactement à Mannecourt, en 1982, lors de travaux sur la route départementale 166 ont été trouvés des fragments de colonne et deux chapiteaux corinthiens ainsi que des fragments de pierre, de tuiles de briques et quelques objets en bronze et en plomb pouvant faire supposer l'existence, à cet endroit "d'un vaste édifice public, sans doute thermal" (d'après "Carte archéologique de la Gaule : les Vosges", page 127). C'est Daniel ARNOULD, enseignant à Châtenois, à cette époque, qui avait fait le relevé de cette fouille de sauvetage.
Gilbert SALVINI, lors des "Journées d'études vosgiennes" organisées à Châtenois à la fin du mois d'octobre 2006, a parlé de ces vestiges ; il a exposé l'hypothèse selon laquelle les fragments de colonne découverts proviendraient en fait d'un temple préexistant, et auraient été réemployés, au troisième siècle, à la construction de ces supposés thermes (ou grande villa ?).

Les vestiges gallo-romains découverts à Mannecourt, à l'époque où ils étaient encore exposés près du collège Jean Rostand, à Châtenois (cliché de G. SALVINI)

   Ces objets ont été transférés au musée d'art ancien et contemporain d'Epinal, en 2014 ; selon Y. MALIGORNE (maître de conférence à l'université de Bretagne Occidentale de Brest-Quimper), qui en a fait l'expertise détaillée, on pourrait situer la date de construction du "temple préexistant" -- mentionné plus haut dans cette page -- aux années 10-40 ap. J.C. (voir "LA GAZETTE LORRAINE", "Vivre à la romaine", 2014, pages 32 à 37)

   Sur ce site d'anthologie littéraire vosgienne, on trouve un essai (format PDF) datant de 1897, signé "MAUD'HEUX père" ; l'auteur décrit une voie romaine qui (je cite) "se détachait à Autreville de la voie militaire, passait à Harmonville, entre Punerot et Tranqueville, dans les forêts d'Attignéville, sur Vouxey, Courcelles, Châtenois, franchissait le Vair au pont de Houécourt et arrivait, par Gemmelaincourt, vers la côte de Montfort d'où, croisant les voies n°12 et 13 réunies en ce point, elle passait sur Valfroicourt, entre Bainville-aux-Saules et Frénois, et venait rencontrer, par les territoires de Légéville, Pont-les-Bonfays, les Vallois et Lerrain" et aboutissait à Escles.
   Bien sûr, les vestiges étant abondants, souvent réutilisés, recouverts (ou pillés), on est réduit à imaginer, au moins aux environs de Mannecourt, qu'il a existé, le long de cette voie Autreville-Escles, une petite implantation gallo-romaine. Des camps militaires existaient probablement sur les hauteurs environnantes (à Châtenois, sur l'éperon barré, emplacement du "futur" château-fort, alors que selon Gilbert SALVINI, [2006, "Journées d'études vosgiennes"] rien ne permette de l'attester), sur la côte dominant Aboncourt, sur la colline de Sion...? Peut-être existait-il un temple romain, là où serait plus tard construite l'église ?
   Est-ce qu'à l'emplacement du centre-ville actuel de Châtenois, se trouvaient des terres défrichées et cultivées ? Lieux qui, au Moyen-âge, prendraient le nom de "Breuil", ou "Pré Le Duc", les propriétaires fonciers résidant dans quelques villas située à peu de distance de la voie romaine ? Gérard COULON, dans "Les voies romaines en Gaule" (éd. "Errance", 2007), (page 169), écrit : "la route [romaine] est l'une des composantes les plus fécondes du paysage par le rôle d'attraction qu'elle exerce. Tombeaux et nécropoles, exploitations rurales, agglomérations, sanctuaires, s'organisent le plus souvent en fonction des axes routiers qui les desservent".

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